Études

France vs Belgique : qui réussit le mieux son code de la route ?

14 juillet 202611 min de lecture

Le permis de conduire est un passage obligé des deux côtés de la frontière franco-belge, mais les taux de réussite racontent des histoires très différentes. En France, le bilan 2025 publié par la Délégation à la sécurité routière (securite-routiere.gouv.fr) affiche un taux de réussite à l'épreuve théorique générale (ETG) de 49,3%, en baisse continue depuis la réforme de la banque de questions en septembre 2023. En Belgique, la situation est encore plus contrastée : la Wallonie ne dépasse pas 37% de réussite à l'examen théorique sur 152 005 examens présentés, tandis que Bruxelles atteint 41% sur 53 721 candidats.

Ces chiffres bruts méritent toutefois d'être replacés dans leur contexte. L'examen français porte sur 40 questions avec un seuil de réussite fixé à 35 bonnes réponses, soit un taux d'exigence de 87,5%. L'examen belge comporte 50 questions avec un seuil de 41 bonnes réponses, soit 82%. Le format diffère également : en Belgique, les candidats doivent identifier les bonnes réponses parmi des propositions multiples où plusieurs réponses peuvent être correctes simultanément, ce qui complexifie la tâche malgré un seuil proportionnellement plus bas.

La tendance française est préoccupante. Le taux de réussite à l'ETG était encore de 53,5% en 2023 avant de chuter à 50,7% en 2024, puis à 49,3% en 2025. Cette baisse de plus de 4 points en deux ans s'explique principalement par le renouvellement complet de la banque de questions opéré en septembre 2023, avec 1 037 nouvelles questions davantage orientées vers l'analyse de situations réelles. Parallèlement, le nombre de candidats a explosé : 2,5 millions d'examens théoriques ont été réalisés en 2024, avec 1 487 210 nouvelles inscriptions, soit une hausse de 8,4% par rapport à l'année précédente.

La Flandre se démarque nettement de ses voisines francophones avec un taux de réussite de 53% en première tentative selon les données 2024 du GOCA Vlaanderen. Cet écart de 16 points avec la Wallonie interpelle et alimente régulièrement le débat politique belge sur l'harmonisation des examens entre les trois régions du pays. Les observateurs notent que la Flandre dispose d'un réseau plus dense de centres d'examen et d'une offre de formation mieux structurée.

Du côté français, les disparités géographiques existent aussi mais dans une moindre mesure. Les Pays de la Loire affichent le meilleur taux régional avec 54,9%, portés par la Vendée (57,9%), le Morbihan (55,8%) et la Mayenne (55,2%). À l'opposé, l'Île-de-France plafonne autour de 44 à 48% selon les départements, avec la Seine-Saint-Denis en queue de peloton métropolitain à 44,5%. L'écart maximal entre départements métropolitains avoisine 13 points, contre près de 18 points entre centres d'examen wallons selon les données compilées par l'Observatoire du permis belge.

Sur l'épreuve pratique, la France affiche 59,9% de réussite en 2025 selon le bilan Codes Rousseau (public.codesrousseau.fr), un chiffre porté par le succès de la conduite accompagnée (76,3% de réussite pour les candidats AAC). La Wallonie atteint 54% sur 87 162 examens et Bruxelles 51%. La Flandre, avec 58,9% toutes tentatives confondues, se rapproche du niveau français mais chute à 45,1% si l'on ne considère que les premières présentations.

Un facteur déterminant émerge de la comparaison : la conduite accompagnée française, accessible dès 15 ans, produit des résultats remarquables. Avec un minimum de 3 000 km parcourus sur au moins un an, les candidats AAC arrivent à l'examen avec une expérience que ni la filière libre belge (1 500 km minimum) ni la formation classique ne peuvent égaler. Le taux de 76,3% de réussite au pratique pour les candidats AAC en France dépasse même celui de la filière libre wallonne (59%), pourtant considérée comme la voie la plus efficace en Belgique.

Les données belges, compilées et analysées par l'Observatoire du permis belge (permis.online), révèlent également des écarts significatifs entre centres d'examen au sein d'une même région. En Wallonie, le centre de Louvain-la-Neuve affiche 46,9% de réussite au théorique contre seulement 29,1% pour le centre de Lobbes, soit un écart de près de 18 points qui interroge sur l'homogénéité des conditions d'examen et sur les facteurs socio-économiques qui influencent la préparation des candidats.

La question du coût mérite aussi d'être posée. En France, l'examen théorique coûte 30 euros par passage, et le forfait complet code + conduite oscille entre 1 200 et 2 000 euros selon les régions. En Belgique, l'examen théorique revient à 15 euros, mais la formation complète en auto-école peut atteindre 1 500 à 2 500 euros. La filière libre belge, nettement moins coûteuse (environ 300 euros de frais administratifs), reste accessible à un plus grand nombre de candidats, ce qui contribue à expliquer sa popularité malgré un taux de réussite global plus faible au théorique.

Que retenir de cette comparaison ? Premièrement, l'examen théorique est difficile partout, mais la Wallonie et Bruxelles se distinguent par des taux particulièrement bas qui suggèrent un décalage entre la préparation des candidats et le niveau d'exigence de l'épreuve. Deuxièmement, la conduite accompagnée à la française reste un modèle dont l'efficacité est démontrée par les chiffres année après année. Troisièmement, la transparence des données varie considérablement : la France publie un bilan annuel centralisé via la Délégation à la sécurité routière, tandis que la Belgique fédérale oblige à reconstituer le puzzle à partir de trois sources régionales distinctes.

Pour les candidats français qui préparent leur code, ces comparaisons internationales rappellent une réalité encourageante : avec un taux de réussite de 49,3%, près d'un candidat sur deux obtient son code. Les candidats bien préparés, qui s'entraînent régulièrement sur des séries de questions et passent des examens blancs en conditions réelles, affichent des taux de réussite nettement supérieurs à cette moyenne. La clé reste la régularité : 20 minutes de révision quotidienne valent mieux que 3 heures de bachotage le week-end.

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